Saint-Saud-Lacoussière (24) - Capitale du maquis ou l'equipe des copains

Rédigé par Alan dans la rubrique Brigade Rac

Article tiré du Bulletin de Liaison des Amicales Rac et 50e RI : Numéro 2 -  Octobre 1978.

Saint Saud - Capitale du maquis ou l’équipe des copains

Dans tout le département on parlait de cette petite agglomération du Nontronnais, avec un certain respect, où disait-on, se tenaient d'importantes forces de la Résistance et notamment le PC du Secteur Nord. Les Allemands eux-mêmes, à Périgueux et aux alentours, qualifiaient ces "terroristes" de redoubtable. Ils les imaginaient plus nombreux et surtout mieux armés qu'en réalité. Nous n'avions pas le moindre intérêt à les dissuader, bien au contraire.
Jean Laussucq

Il se passait pourtant beaucoup de choses à Saint Saud. Jean Laussucq, prisonnier de guerre, évadé d'Allemagne, interné en Suisse, puis démobilisé à Annecy, avait rejoindre sa famille à St. Saud en 1941. Il prit contact avec l'Abbé Julien (Rocal), Jacques Brachet et René Mallemanche, pour créer un groupe du réseau Jean-Marie (Buckmaster) qui s'augmenta bientôt des Louis Lavaud, Maurice Colombier, Joseph Dubreuil, Alexandre Jussely, Dessimoulie. Au début de 1944, le "goum" sérieusement renforcé devait rejoindre l'AS 5 pour y remplir les premières missions de sabotage, ravitaillement des maquis, contrôle, confection de faux papiers, lutte contre les agents de la Gestapo, parachutage.

Rac s'était installé avec sa famille aux Farges, ches les Joussely, cousins de Georges Lautrette.
C'est tout à côté, au lieu-dit Mazeaubrun, sur la route de Miallet, qu'eut lieu le premier parachutage en avril 1944. Trois avions trois séries de coupole : bleu, blanc, rouge.
Un petit tracteur à Chenilles servant au débardage en forêt permit de récupérer les containers disséminés dans la nature. Comme d'autres, la ferme des Joussely se transforma en magasin. Mais elle fut aussi refuge, boîte à lettres, station d'écoute. Chez Camus, le café de la place, on écoutait aussi les messages, on tenait réunion, on recevait les agents de liaison, on prenait contact.

A l'autre extrémité de la cité, Laussucq avait mis sa maison à la disposition des maquisards. Elle faisait office de PC volant et d'infirmerie. Le docteur Millet de St. Pardoux venait y soigner les blessés et les malades.
Aux "Places" Maman Lastere avait depuis belle lurette, transformé son établissement en "havre". Elle y reçut des centaines de clandestines qui trouvèrent là le réconfort. Braves gens.



Stèle érigé par l'Amical des Anciens de la Brigade Rac à la place de la Résistance, Saint Saud, 
avec l'inscription : 1942 - 1945 Hommage aux Résistants du Nord de la Dordogne. 
(Photo par André Léonard de 1978)

Le PC Rac resta quelques jours chez Lastere après le 6 juin. Le château de Lacoussière fut successivement utilisé comme prison (un bien grand mot) et infirmerie. Le futur Général Dupuy y fit un bref séjour lorsqu'il fut appréhendé sur un barrage après son évasion du camp de Nexon. Les gendarmes de Satory regroupés à St. Saud reconnurent en lui leur ancien patron du Bataillon Blindé de la Garde.
Ainsi se montèrent petit à petit, au milieu d'une population entièrement acquise à notre cause, à St. Saud, et dans les environs Abjat, Champ-Romain, St. Pardoux, Miallet, les sections de la 6e Cie dont le lieutenant Jean prit le commandement.

Vieugeot qui avait été chargé d'organiser le 2e Bton de la Brigade Rac disposait alors des éléments de Piegot (Massy) 5e Cie, La Coquille (Jolivet-Chapelle) 7e Cie, Chalus (Fred) 8e Cie. Cette unité fut dissoute par la suite de Fred rejoignent avec les éléments de St. Yrieux le 3e Bataillon du Commandant Violette. Elle fut reconstituée plus tard sur le front de l'Atlantique (CA 2).
La petite cité a eu ses heures de gloire, mais elle a payé son tribut.


Photo de la stèle de l'ouvrage Chemins de la Mémoire "Dordogne-Nord"