Aviateurs alliés à Angoulême - août / septembre 1944

Rédigé par Alan la rubrique Les AlliésAoût 1944 : Direction Angoulême

Le 13 août 1944, un quadrimoteur Lancaster de le 50th squadron R.A.F. décolle de Skellingthorpe, Angleterre. 
A bord :

Peter Lorimer, Australien, pilote
Peter Antwis, Gallois, Navigateur
Freddie Stearn, Anglais, radio
Bill Gray, Anglais, bombardier. 
Pat Hart, Anglais, Mécanicien
James Sanderson, Anglais, Mitrailleur
Gunnar Sandvik, Canadien, mitrailleur

Dans la soute, 6 tonnes de bombes. Objectif : la base allemande de sous-marins à Bordeaux. C'était leur première mission.


En 1944, ils étaient de jeunes aviateurs alliés
venus en France pour combattre l'ennemi
"Nous sommes arrivés sur notre objectif à 20h00, se souvient Peter Antwis. L'ennemi a aussitôt réagi, endommageant notre avion. Nous avions deux moteurs en feu" Peter Lorimer, le pilote, amorce alors un grand virage au-dessus de la Gironde.
Au-dessus du phare de la Coubre, le pilote donne l'ordre à l'équipage de sauter. "Les allemands, en bas, nous tiraient dessus, et j'ai été blessé à la cuisse. Je souffrais car j'avais déjà la poitrine brûlée par le feu qui s'était propagé des moteurs à la carlingue de l'appareil. Finalement, nous avons atterri sur la plage parsemée de mines, et aussitôt faits prisonniers."

Dernier resté a bord de l'appareil, Peter Lorimer saute au-dessus de la forêt de la Coubre, quelques instants seulement avant que l'avion explose. Récupéré, celui-ci est caché à Saujon près de Saintes, avant de reprendre un avion pour l'Angleterre mi-septembre 1944.

Peter Antwis, Freddie Stearn, Gunnar Sandvic, James Sanderson, Pat Hart et Bill Gray, sont envoyés à Cognac le 15 août, puis à Bordeaux le 16 où ils rejoignent 15 autres aviateurs alliés, prisonniers depuis juin. La chance pour ces prisonniers sera d'être confiés à la Luftwaffe basée à Merignac le 19 août où ils seront bien traités. Peter reconnaît, entre les aviateurs, on se comprend.




Le 22, ils sont menés à Angoulême, d'où un train les emmène vers l'Allemagne. En cours de route, le convoi est mitraillé par des chasseurs alliés et par des maquisards, atteignant finalement Châteauneuf. Là, tous les aviateurs feignent d'être malades, après avoir froté les orties sur leurs corps. Les Allemands pensent de rubéole ont les ramené à un hôpital à Angoulême, rue de Beaulieu, à quelques hectomètres de la cathédrale Saint-Pierre.


Dans le cours de l'hôpital : aviateurs alliés et quelques infirmières
De gauche à droite, agenouillés : Bob Genno (avec l'enfant), William Gray, Fred Stearn, Gunnar "Sandy" Sandvic

Page consacrée à la réception du 2 septembre 1944
de l'album de photos de la famille Fougère
Arrivés à Angoulême le 28 août les aviateurs ont été laissés à l’hôpital par les Allemands qui ont fait leur retraite vers le nord est de la France. Ils parviennent à y rester suffisamment longtemps et ils retrouvent la liberté lorsque les maquisards libèrent la ville le 1er septembre.
La vielle le 30 août en compagnie de Christiane Perrier, une infirmière angoumoisine, Peter Antwis partie par train à Paris pour récupérer de l'argent. La rencontre avec un officier de la Résistance, chargé d'organiser un voyage à Limoges pour les 21 prisonniers, Anglais, Américains, Canadiens, présents à Angoulême.

Au soir de la Libération d'Angoulême, Freddie Stearn et Peter Antwis étaient invités par le maire de l'époque à dîner dans la grande salle de la mairie.


Les infirmières de l'hôpital ont besoin d'aide pour soigner ces aviateurs donc ils ont demander à une famille à côté de la rue qui parle bien l'anglais. La famille Fougère étaient très heureuse d'aider et le 2 septembre a organisé une fête à la maison pour célèbre la Libération d'Angoulême.




Quelques aviateurs et la famille Fougère et des amis
Debout deuxième à gauche : Pierre Fougère
Assis et  agenouillés : Bob Genno, Fred Stearn, James Sanderson, Pat Hart, Sandy Sandvik




C'est en Limousin, sur un aérodrome à Feytiat juste récupéré par la résistance, que Peter Antwis et ses copains ont fini la guerre. Dans la nuit du 2 au 3 septembre 1944, leurs collègues de l'U.S. Air Force ont posé deux C-47 Dakotas par une nuit sans lune, pour livrer des armes aux maquisards et rembarquer ces prisonniers et des autre aviateurs alliés évadés depuis longtemps et hébergés par la Résistance en Charente et en Dordogne. Au total environ 40 hommes.

Au retour, bombardier de l'un des Dakotas Lt McKinley est allé dans la cabine du C-47 voir les aviateurs alliés, voici un extrait de son rapport :

Au bout de la piste, prèts à repartir, nous ouvrîmes la porte de l’appareil pour y laisser entrer vingt aviateurs évadés. Après avoir atteint la Manche, j’allai voir comment ils se débrouillaient. Serrés les uns contre les autres comme une bande de réfugiés affamés, ils avaient l’air misérable, transis de froid et mal à l’aise. Leurs vêtements n’étaient en majorité constitués que de pantalons d’été légers, de chemises en coton et de minces chandails. La plupart ne portaient pas de chaussettes et leurs chaussures étaient usées jusqu’à la corde.

Cinquante ans après.

Peter Lorimer, Peter Antwis et Freddie Stearn sont venus participer en avril 1995 aux cérémonies du 50ème anniversaire de la Libération de la Poche de Royan organisées par Philippe Lelaurain et Bernard Ballanger. Ils sont venus au Musée de la Poche de Royan et ces aviateurs du Bomber Command ont été reçu lors de ces cérémonies à la Mairie de Saujon. 


Saujon le 15 avril 1995
Peter Antwis, Fred Stearn et Peter Lorimer
Pendant leur sejour dans la région Peter Antwis, Freddie Stearn et Peter Lorimer ont retrouvé Christiane Perrier, devenue Mme Garnung, l'hôpital Beaulieu, et Phillipe Fougère le petit-fils de Jacques Fougère qui les avaient soigné à sa maison à côté de l'hôpital. Les pensionaires de Beaulieu, aujourd'hui maison de retraite, ont tenu à célébrer le courage des aviateurs anglais. Par une petite fête et des chansons. "J'en avais les larmes aux yeux, avoue Peter Antwis. Ils nous ont "merci", mais c'est nous qui disons merci aux Charentais."


Avril 1995 dans le jardin chez Fougère
La fille de Bill Gray et son epoux (derrière), Peter Antwis et sa fille, à droite Fred Stearn
Source : article publié dans le journal Charente Libre en avril 1995 (ci-dessous), témoignage de Peter Antwis, des renseignements et des photos fournis par Bernard Ballanger, Phillipe Fougère et Rosemary Antwis.




En juillet j'ai eu le plaisir de rendre visite la famille Fougère à leur domicile, une maison exceptionnelle de la XVIII siècle avec un vaste jardin. On se croirait en plein campagne, pourtant on est en plein ville.



A lire également : 

Allied airmen capture and evasion in South West France : August / September 1944 (lien/link)